La traversée de l’Atlantique retour (Bermudes/Açores)

Le 04/06/16

Jour 1 et 2 (23-24/05/16) :

A 10h pile nous quittons la baie de Saint-Georges. Il pleut des trombes d’eau. Moyen comme départ. En plus, je suis malade. Depuis hier, j’ai mal à la gorge. J’ai une angine. Ce matin dès 8h du matin, j’étais chez le médecin car je n’ai plus d’antibiotiques. Je ne me sens pas trop mal pour le moment. Avec les anti-inflammatoires, le douleur est supportable.

La pluie ne s’arrête plus et la mer est bien agitée. D’après les prévisions météorologiques, nous savons que cela va durer au moins 2J alors nous patientons mais la houle croisée nous secoue fort! Tout se casse la figure à l’intérieur du bateau.

J’ai mal partout et j’ai de la température. Je prends sur moi pour préparer à manger mais j’ai la nausée! Je vais me coucher et je laisse Laurent faire la nuit tout seul. Je suis incapable de veiller.

Au petit matin, je me réveille la tête dans le sac. Mon état ne s’est pas amélioré. Je ne vais pas encore être d’une très grande utilité aujourd’hui. Effectivement, je navigue entre ma cabine et le carré. J’attends que ça passe…

Pour compliquer un peu les choses, la girouette et l’anémomètre en tête de mat n’envoient plus d’indications à l’afficheur. Nous n’avons donc plus la force et le sens du vent! Nous relativisons : pour le sens du vent nous avons le drapeau à l’arrière du bateau, pour la force du vent nous nous fions a l’état de la mer et à la vitesse du bateau.

Vu mon  état, Laurent me laisse encore me reposer cette nuit. J’espère vraiment pouvoir assurer demain.

Jour 3 et 4 (25 et 26/05/16) :

Enfin, les antibiotiques font leurs effets ! Je me sens mieux. J’ai juste l’impression qu’on m’a roué de coups. J’ai faim en me levant, c’est bon signe. Après une nuit encore très agitée, le soleil, ce matin, pointe le bout de son nez. La houle qui était de travers passe progressivement dans la journée au 3/4 AR. Nous revivons à bord !

Nous venons d’avoir des nouvelles de Damien et Sophie sur Sylvestre par l’iridium. Partis en même temps que nous, ils ont pris du retard et sont à environ 80 miles derrière nous. Apparemment, Sophie a été malade également ces 2 derniers jours, le mal de mer !

Je me repose encore un peu en prévision de mon quart de cette nuit car je reprends du service ! Je cuisine aussi la viande fraiche que nous avions achetée avant de partir afin de prolonger sa conservation. Ça va, je gère, je n’ai pas la nausée.

La vent finit par caler complètement. La GV ne sert plus à rien. Laurent met le moteur histoire de garder une vitesse moyenne de 5 nœuds.

Mauvaise surprise en fin de journée, en faisant une inspection de routine, Laurent s’aperçoit que deux foils (profils en alu qui guident et orientent la GV) se sont désolidarisés. Pas le choix, il monte au mat pour réparer. La houle ne facilite pas son intervention et le projette dans les haubans (tibia bien amoché!). Enfin, au bout de 2H pendu au bout d’une corde, il arrive à ses fins.

La nuit est calme, toujours pas de vent. Au petit matin, une légère brise permet de hisser la GV. Cela ne dure pas, on revient vite au moteur.

Nous avons de mauvaises nouvelles de Damien et Sophie. Leur pilote automatique les a lâché ! Mon pire cauchemar ! Ils vont devoir barrer nuit et jour ! Je suis désolée pour eux car nous ne sommes que le quatrième jour !

Le soleil est encore au rendez-vous aujourd’hui. Nous profitons de ce beau temps. Je fais bronzette et ça fait du bien ! En fin de journée, nous croisons un voilier suisse. Nous rentrons en contact par VHF. Ils font route comme nous aux Açores. C’est agréable de voir qu’on n’est pas tout seul !

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Jour 5 et 6 ( 27-28/05/16) :

Mon quart se déroule bien. Je n’ai pas grand chose à faire car nous n’avons que le génois. Je dois juste vérifier toutes les 20 minutes que nous tenons le bon cap (des courants peuvent nous faire dévier) et la présence d’éventuels bateaux. C’est le calme plat. Pendant son quart, Laurent met le moteur car nous nous trainons. Dans la matinée, toujours lors d’une inspection de routine, il s’aperçoit qu’une batterie est tiède. Pas normal, elles sont neuves ! Il descend dans la cale du moteur vérifier l’alternateur. Tout est ok. Il poursuit par la vérification des régulateurs des panneaux solaires. C’est bien le régulateur des panneaux bâbords qui envoie une trop forte tension. Il couvre les panneaux pour supprimer le chargement car il fait grand soleil !

La journée est belle. Il y a comme un air de vacances!!! Sur demande des enfants, je prépare un pique-nique pour midi puis nous faisons un concours de dessin. C’est amusant. Chacun son style !

 

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La nuit se déroule paisiblement. La GV est rentrée et le génois nous permet d’avancer un peu (3nds). Il est trop tôt pour faire fonctionner le moteur en continu. Nous devons économiser le gasoil car nous ne savons pas encore ce que nous réserve la météo de la semaine prochaine.

Nous faisons cap un peu plus au sud pour s’éloigner d’une dépression qui est annoncée dans deux jours. En la contournant, nous espérons, tout de même, profiter du vent qu’elle va générer. Je suis un peu anxieuse car le vent entraine toujours de la houle et nous nous attendons à une houle d’au moins 4 M. En attendant, la journée est calme et ensoleillée. Nous profitons un maximum de cette plénitude.

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Des dauphins sont venus nous saluer dans l’après-midi. Peu joueurs ou effrayés, ils sont très vite repartis. Nous apercevons aussi le souffle d’une baleine. Dommage, elle est bien trop loin pour que l’on profite du spectacle. Cela fait 2J que j’ai repris l’école avec les enfants. Nous devrions boucler le programme en arrivant aux Açores.  Ils ne sont pas mécontents d’avoir 3 mois de vacances et moi je suis ravie, également, que cela se termine. Même si leur scolarité avec les cours du CNED s’est parfaitement déroulée, cela reste une contrainte de tous les jours.

Après le concours de dessin, nous faisons aujourd’hui atelier de bracelet « strand bands ». Merci Mylène pour le kit offert à Janelle lors de ta venue en Guadeloupe car cela nous a bien occupé et franchement le rendu est plutôt sympa!

Jour 7 et 8 (29-30/05/16) :

Toujours pas de vent pour cette nuit. Laurent met le moteur. Il prend le premier quart. Il me réveille en urgence à 2h du matin. La cale du moteur est inondée (30cm). Gros stress !!! Pendant 3h nous pompons l’eau.

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Je termine la nuit, il est épuisé et contrarié … Le matin, à peine le temps de prendre le petit-déjeuner qu’il est déjà dans la cale pour essayer de comprendre ce qu’il s’est passé. Après quelques heures et quelques démontages, il trouve la panne. Le joint de la soupape de vide sur le circuit de refroidissement est défectueux. Il le remplace et tout rentre dans l’ordre. Plus de peur que de mal !!

Le reste de la journée se déroule paisiblement avec le beau temps. Progressivement le vent se lève. Nous l’attendions avec la dépression qui se rapproche. Laurent prend le premier quart et attend que le vent se stabilise pour me réveiller. En fait, il me laisse dormir et reste debout toute la nuit car les conditions sont trop mauvaises. En plus du vent, nous devons faire face à une grosse houle de travers avec des vagues de 3,50 M. On se croirait sur un taureau-machine. Rebelotte, tout se casse la figure dans le bateau. Terminée la tranquillité ! Dans ces moments là, j’ai vraiment hâte d’arriver. Il faudra pourtant que je patiente car nous ne sommes qu’à mi-chemin !

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Jour 9 et 10 ( 31/05/16 et 01/06/16) :

Le vent est toujours là et la houle encore plus grosse. Les vagues atteignent 5 M. Nous ne sommes plus sur un taureau-machine mais sur les montagnes russes ! Nous évitons de nous déplacer dans le bateau et restons principalement autour de la table du carré.

J’occupe les enfants avec un puzzle et nous regardons des vidéos. Je trouve le temps long … Trop compliqué de cuisiner, je commence à taper dans notre stock de boites de conserve. Ce soir, c’est cassoulet !

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Nous venons d’avoir des nouvelles d’Emmanuelle et Nico sur Crusing Bird. Partis directement des Bahamas, sans faire d’escale aux Bermudes, nous nous retrouvons au milieu de l’océan à seulement quelques miles ! C’est dingue ! Ils sont un peu plus au nord et subissent les mêmes conditions que nous. Nous allons arriver pratiquement en même temps aux Açores. Encore une belle fête en perspective pour arroser notre traversée et nos retrouvailles. Pour Damien et Sophie, tout s’arrange car Damien a réussi à réparer le pilote automatique. Ils sont contents, soulagés et rassurés et nous aussi ! Par contre, ils ont pris pas mal de retard et arriveront bien après nous aux Açores.

Le vent nous accompagne toujours. Nous progressons vite et la houle se calme un peu. Tant mieux !

Jour 11 et 12 (02-03/06/16) :

A mon réveil, il fait beau et la houle est supportable. J’en profite pour faire un petit ménage et ranger le bateau. Waouh quelle activité !!! Avec ce beau soleil, j’ai bon espoir de mettre un peu le nez dehors. Le calme est de courte durée car le temps change subitement. De gros nuages apparaissent et les vagues se forment. Elles déferlent sur le bateau. C’est effrayant ! Je m’isole dans ma cabine pour ne plus les voir… Mon dieu que j’ai hâte d’arriver ! Nous savions d’avance que cette traversée retour serait sport mais nous pensions naïvement profiter de bonnes conditions et avoir plus de chance que les autres !

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Les enfants sont adorables et beaucoup plus patients que moi. Ils passent beaucoup de temps sur leurs écrans (IPAD, DS, lecteur DVD). Ce n’est pas bien mais au moins ils s’occupent et ne s’ennuient pas trop. Impossible de faire école dans ces conditions, ce qui les arrange bien !

Les températures chutent à cause du vent du nord. Nous ressortons les chaussettes ! Ça faisait longtemps !

Des dauphins nous suivent toute la matinée. Nous sommes contents de les voir.

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Jour 13 (04/06/16):

Conditions extrêmes ! Gros stress ! Nous ne dormons pas de la nuit. Nous sommes au coeur d’une dépression. Il y a beaucoup de vent, plus de 35 nœuds (>45nds en rafale) et des vagues de 8 M qui montent à la verticale et menacent de nous engloutir. Je suis terrifiée mais Je relativise et ne cède pas à la panique en me disant que Vaga est un bon bateau et que rien ne va nous arriver… Nous portons tous nos gilets de sauvetage et par sécurité Laurent a préparé le kit de signalisation, la balise de détresse et le bidon de survie. Nous sommes prêts au cas ou !

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Les enfants ne se rendent pas compte du danger et prennent plutôt ça pour un jeu ! Il fait froid même à l’intérieur du bateau. En plus des chaussettes, nous portons aujourd’hui les polaires. En fin d’après-midi, les conditions s’améliorent. Nous sommes épuisés ! Les quarts de ce soir vont être difficiles. Heureusement, il s’agit des derniers car nous arrivons demain. YES!!!!

Jour 14 (05/06/16) :

Terre en vue !!

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Nous sommes tellement contents d’arriver. Encore quelques miles et nous pourrons souffler. A 3 milles des côtes, Laurent met les moteurs pour vérifier leur bon fonctionnement et appelle la Marina. Il n’y a pas de place mais on nous propose gentiment de nous mettre au quai d’accueil pour la nuit. Nous entrons dans le port, c’est un plan d’eau, Nous faisons des ronds dans l’eau pendant 15 minutes en attendant qu’un bateau parte du quai et… au moment d’y aller le moteur tribord ne répond plus, ni en marche avant ni en marche arrière! Laurent quitte le ciré, se met en maillot de bain et se jette à l’eau (glacée) pour vérifier que rien ne bloque l’hélice et là stupeur, plus d’hélice!!! Donc plus manoeuvrant!!! Nous appelons nos copains de crusing bird, Nico et Manu (arrivés hier soir) pour nous aider à accoster. Avec une seul moteur, c’est plutôt galère. C’est fait mais jusqu’au bout nos nerfs auront été sollicités. Ce fut une sacrée traversée longue, mouvementée et riche en émotions (les emmerdes volent en escadrilles comme disait Chirac!!!) . Nous avons parcouru 1868 miles en 13J et 9H. Il est l’heure pour nous, maintenant, de retrouver nos copains bateau, de dormir, de faire la fête et de découvrir les Açores sans oublier de trouver une solution pour cette hélice (qui doit être par déduction au fond du port! Plongée bouteille en perspective!).

Une réflexion sur “La traversée de l’Atlantique retour (Bermudes/Açores)”

  1. Waww quel magnifique récit ! C’est dans ces moments difficiles qu’on se rend compte que le voyage sur un voilier (et même un cata) n’est pas seulement la bronzette, la baignade dans des eaux cristallines… mais qu’il faut être un bon marin pour affronter les éléments qui se rappellent à vous dès que vous tournez le dos… En tous cas, chapeau bas, vous avez magnifiquement géré, vous pouvez être très fiers de vous ! Quel est le programme des Açores à l’Europe ? Biz et profitez bien de ces îles qui sont paraît-ils magnifiques !

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